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Publiée le : 18 août 2008 à 09:50 par La rédaction
Le Team Lagardère, qu’est-ce que c’est ?
Le Team Lagardère, qui se déploie au Stade Jean Bouin à Paris, mais aussi à la Croix Catelan dans le bois de Boulogne et à Sophia-Antipolis à Nice, est né en 2005 et se développe depuis autour de deux sports majeurs, le tennis et l’athlétisme, tout en s’ouvrant à la natation, l’escrime ou le judo. A son initiative, un homme : Arnaud Lagardère, qui a mis toute la puissance de son empire industriel pour construire cette usine à champions, une association entre un pôle d’entraînement et un centre d’expertise scientifique dans une structure unique en France qui utilise les hautes technologies et la recherche comme base. Un entraînement qui cherche à individualiser le suivi.
Les moyens mis en œuvre sont importants : locaux neufs, appareils derniers cris, entraîneurs réputés, ingénieurs à plein temps, informaticiens, biomécaniciens, kinés, médecins. L’ambition est à la hauteur : les sportifs Lagardère doivent devenir l’élite du sport français. Guy Ontanon, responsable du secteur athlétisme, ancien entraîneur de Ronald Pognon et Christine Arron, en définit le principe. « L’idée est d’avoir sur la même unité de lieu l’ensemble des acteurs de la performance, à savoir les athlètes, les entraîneurs, les préparateurs physiques et, à côté, ceux qui vont aider à la performance : les gens du centre d’expertise, les spécialistes de la physio, de l’analyse du mouvement, de la biomécanique. Tout le monde travaille ensemble. Obtenir des médailles légitimera le nom Lagardère dans le sport et la méthode de travail, qui a la volonté de faire du très haut niveau avec les hautes technologies. »
1. Les technologies d’évaluation de l’athlète
Au Team Lagardère, on cherche à déterminer scientifiquement le potentiel maximal de l’athlète à un moment donné. On le teste à des moments clés de son entraînement. On évalue ainsi les progrès, les coups de fatigue, on prévient autant que possible les blessures et on voit si l’entraînement va dans le bon sens. Tout d’abord grâce à une machine, l’ARIEL, qui mesure, par des phases de poussée intenses, les qualités musculaires, comme l’explique Ontanon. « C’est un système pneumatique pour régler par le biais de l’informatique des vitesses de déplacement. L’athlète se place dessous, et on peut déplacer en vitesse constante ce qu’il met dans la poussée. Cela permet d’analyser la force musculaire en termes d’explosivité et d’estimer la force maximale. Les chercheurs renvoient l’information sur les écrans et les athlètes ont un feedback immédiat. »
Le K4, lui, détermine les échanges gazeux respiratoires et analyse le fonctionnement du muscle à l’effort. « On mesure la consommation d’oxygène grâce à cet appareil portable. On peut évaluer la consommation maximale, voir si la séance est bien calibrée ou réajustée. » Le tapis de course avec armatures vient dans cette logique et peut monter jusqu’à 40km/h. La course peut se faire en descente ou en côte. La salle de musculation tient évidemment un grand rôle dans l’entraînement. Elle comporte tous les appareils nécessaires, rameurs, appareils à bras comme le Winch, qui permet à un athlète blessé aux jambes par exemple de pédaler avec les bras pour continuer de travailler. Il y a aussi les accéléromètres, qui mesurent la puissance et la vitesse d’accélération d’une charge. L’appareil, placé sur une barre, est équipé de boîtiers d’enregistrement. « On peut avoir ça dans certains pôles de l’INSEP, mais l’INSEP c’est une multitude de disciplines et le service biomécanique ne peut pas répondre à la demande en réactivité. Ici demain matin je demande une estimation et quelques heures après j’ai le traitement » apprécie Ontanon.
2. La vidéo comme outil pédagogique
La fierté du Team se trouve dans une salle équipée d’un court de tennis, où on peut aussi installer en vingt minutes une piste d’athlétisme de 35m avec des cellules tous les 5m pour mesurer les temps de contact, les temps d’envol et des appareils de contrôle au sol. La salle est équipée de caméras vidéo, d’écrans et au-dessus d’une régie vidéo dernier cri avec une base de données informatique qui stocke toutes les informations et permet aux entraîneurs de les consulter par la suite sur leurs ordinateurs. L’athlète porte une combinaison et des capteurs, répète des départs ou des phases de poussée afin qu’on puisse analyser ses mouvements, les corriger pour gagner quelques centièmes. Sur une herse qui surplombe le court, il y a 7 caméras haute définition et dans la salle il y a 12 caméras lumière rouge qui reconstituent le mouvement en 3D. L’athlète et le coach visualisent ainsi les informations en instantané.
3. La relation coach – technologies- athlètes
Pour Ontanon, la motivation des athlètes est essentielle étant donné l’investissement que demande le programme. Qu’est-ce qui les pousse à rejoindre le team ? « L’accompagnement, la structure, une équipe là pour piloter l’athlète. On change complètement la manière d’entraîner. Ça change « l’intelligence » de l’athlète, la relation avec le coach. L’athlète comprend mieux et s’approprie son entraînement. Il en comprend les effets et les buts. » Et il fait confiance ? « Il n’a pas les moyens de contredire ces données, il y a une vérité criante de l’image, des données croisées. Une fois qu’on a tous ses paramètres, l’athlète ne peut que valider. Ça change l’approche du sport, mais ça ne révolutionne pas tout non plus, ce ne sont que des outils, qui aident à l’observation, à la décision d’objectifs. »
Oudere Kankarafou, médaillé de bronze en relais 4x100m lors des Championnats d’Europe de Göteborg 2006, confirme l’enthousiasme des protégés du Team. « Ce qui m’a poussé à rejoindre le team déjà c’est la qualité de l’entraîneur, la qualité des infrastructures et cet objectif de rationaliser l’entraînement. Vu de l’extérieur on peut croire que Lagardère c’est une structure inhumaine, mais en fait il y a quand même une approche amicale, humaine. Ici ce qui change c’est la rapidité, la capacité à répondre le plus vite et de la manière la plus adaptée. » Le sprinter se réjouit d’ailleurs du travail vidéo mis à disposition. « Quand le coach demande à l’athlète de faire tel geste et que l’athlète croit y arriver, mais en fait non, grâce à la vidéo on peut lui montrer tout de suite la vérité en face et c’est très impressionnant. C’est futuriste, un peu comme dans un jeu vidéo ! Ici, je pense qu’ils commencent à révolutionner l’approche de l’athlétisme et de la performance. A partir du moment où on sent la cohésion dans ce qu’ils font, on a confiance. Ils savent ce qu’ils font, c’est chiffré, ça ne se discute pas. On connaît aussi la valeur de ce qui est mis en place, donc on sait aussi qu’on a de la valeur, qu’on est considéré, et on avance encore mieux. »
Son collègue d’entraînement Dimitri Demonière, coureur de 100m et de 400m, le confirme. « On a tout ce qu’il nous faut en temps réel. On a les moyens de travailler de manière plus ciblée. Les nouvelles technologies, c’est assez facile à intégrer, car nous sommes parfaitement entourés. Sur l’ARIEL par exemple, qui est la plus périlleuse, on a toute une équipe avec nous. Alors même si on ne l’aime pas beaucoup, car elle fait souffrir, on en voit l’utilité tout de suite alors on le fait quand même ! Ici on touche un travail plus pointu de la qualité. Avec la professionnalisation de l’athlétisme, les mentalités changent. »
La création du team inquiète ceux qui y voient le début d’une privatisation du sport de haut niveau aux dépens du secteur public représenté par l’INSEP. Mais il reste que le Team Lagardère a mis en place une structure très sophistiquée qui semble répondre parfaitement à la demande de prise en charge et d’efficacité de ses pensionnaires. Cette cohabitation, puisque le Team effectue aussi des séances à l’INSEP, et la concurrence qui en résulte est aussi une chance pour le sport français de tenir le haut du pavé.
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