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Publiée le : 28 juillet 2008 à 11:10 par La rédaction
La High-Tech Chinoise se fait une place
Après avoir déferlé sur les étiquettes de nos vêtements, le fameux « made in China » s’impose peu à peu sur nos ordinateurs, nos téléphones mobiles, ou encore nos appareils photos. A la suite du boom de son industrie textile et alimentaire, la Chine a décidé de miser sur les nouvelles technologies… Avec raison. Car non contente d’être le deuxième exportateur mondial de produits manufacturés (après l’Allemagne), elle s’est placée il y a quatre ans en pôle position des pays exportateurs de IT.
En 2004, une étude publiée par l’OCDE fait apparaître qu’une petite révolution est en marche. Elle révèle que la Chine est devenue le premier exportateur mondial de matériel informatique. Après avoir doublé le Japon et l’Union Européenne dès 2003 en volume d’exportations, elle détrône ainsi pour la première fois les Etats-Unis. Et pour cause. Alors que les exportations américaines de hautes technologies ne représentent « que » 149 milliards de dollars en 2004, les exportations chinoises de IT passent de 123 à 180 milliards de dollars la même année. Soit une hausse de 46 % !
1. Une progression sur le marché sans encombres
La surprise est pourtant relative. Car depuis 1996, la Chine a connu une progression aussi régulière qu’irrémédiable (+ 38% en moyenne chaque année) de ses exportations de produits IT. Tant et si bien qu’en 2007, le secteur des nouvelles technologies a, selon le ministère du commerce chinois, rapporté 7,8 % du PIB du pays, le montant des exportations de IT atteignant la somme astronomique de 347,8 milliards de dollars (contre 220 milliards de dollars en 2005 et 35 milliards de dollars en 2000). Un marché devenu colossal et qui représente désormais près d’un tiers des exportations totales de la Chine.

2. Des délocalisations qui rapportent
Les Etats-Unis, Hong-Kong, l’Union Européenne, le Japon et la Corée sont devenus les principales destinations de ses produits IT. Notamment des produits électroniques grand public comme les baladeurs numériques, les téléphones portables, les installations vidéos ou les appareils photos numériques. Le secteur informatique constitue la première source d’exportation : la moitié des ventes à l’étranger émane ainsi de la production d’ordinateurs.
Selon le site d’information chinois Xinhua, le secteur de l’électronique et de l’information a réalisé un chiffre d’affaires de 34,1 milliards de dollars depuis le début de l’année 2007. Les secteurs qui se portent le mieux sont la production de serveurs, les téléviseurs avec écrans à cristaux liquides, les magnétoscopes, les ordinateurs personnels et les microprocesseurs avec circuits intégrés à grande échelle.
3. Le plus grand atelier du monde
Si l’Empire du milieu s’est taillé la part du lion sur le marché des nouvelles technologies, c’est d’abord parce qu’il a su surfer sur les 760 milliards de dollars investis en près de trente ans par les entreprises étrangères. Cette manne issue de l’investissement des multinationales qui ont élu domicile sur son sol dans les années 1990, couplée à la mise à disposition d’une main-d’œuvre locale bon marché, mais aussi formée et alphabétisée, a rapidement conduit à l’explosion de la production de produits fabriqués en Chine. Des télévisions aux ordinateurs, en passant par les lecteurs DVD, l’assemblage de composants électroniques représente 80 % de ses activités. Si bien qu’en quelques années, la Chine est devenue le plus grand atelier du monde des nouvelles technologies.
Aujourd’hui, elle accueille des investisseurs aussi prestigieux que Microsoft, IBM, Siemens, Nortel ou Hitachi. Notons que mis à part quelques SSII comme Capgemini ou OnPoint Technology, les entreprises françaises en IT restent encore frileuses devant le pari chinois.
Selon le cabinet Decision, spécialiste des études et du conseil dans l’électronique, « la Chine a un impact majeur sur les tendances de l’industrie électronique mondiale. En 2000, le plus grand pays du monde fabriquait 10 % de la production mondiale d’électronique. En 2005, la production chinoise a grimpé à 23 %, et on s’attend à ce qu’elle atteigne 28 % de la production mondiale en 2020 ». Et le cabinet Decision d’estimer qu’en 2011, la Chine produira 70 % des lecteurs-enregistreurs de DVD, 46 % des PC, 42 % des mobiles, et 39 % des télévisions du marché mondial.
4. À la conquète de son indépendance
Mais malgré les transferts de compétences consécutifs à ces délocalisations, la Chine doit encore composer avec ses faiblesses en termes de Recherche et Développement. L’innovation « à la chinoise » reste donc encore à inventer. Jadis tributaire des importations de composants électroniques venus de l’Europe et des Etats-Unis, la Chine a franchi une étape en se tournant peu à peu vers la zone asiatique (Japon, Malaisie, Taïwan, Corée…) pour ses importations de matériel. Reste qu’en 2004, 65 % des composants électroniques utilisés venaient de l’étranger. « La plupart des entreprises exportatrices sont des firmes à capitaux étrangers, notamment des filiales de Taïwan, de Corée ou du Japon qui ont délocalisé en Chine des usines d’assemblage, note Françoise Lemoine, économiste Senior au CEPII, centre d’études prospectives et d’information internationale. Aujourd’hui, ces mêmes filiales commencent à délocaliser également la fabrication des composants électroniques. Mais les composants les plus sophistiqués restent fabriqués à Taïwan ».
5. Des marques chinoises qui se développent
Dans l’optique de ne plus se retrouver à la solde des importations de matériel étranger, la Chine est partie à la quête de son indépendance. Le gouvernement est alors entré dans une nouvelle politique visant à développer la fabrication de ses propres composants. D’abord, parce qu’exporter du matériel sous des licences étrangères revient très cher. La Chine est ainsi l’un des pays les plus déficitaires pour ce qui concerne le paiement des brevets et des licences. Mais aussi parce que les autorités chinoises entendent imposer leurs normes et leurs standards aux firmes étrangères. Pour l’instant, cette politique concerne particulièrement les lecteurs de DVD et le secteur des télécommunications. Mais elle ne demande qu’à se développer : « Jusqu’à la fin des années 90, la Chine avait délibérément choisi une politique d’importation pour se moderniser, souligne Françoise Lemoine. Désormais, elle met en œuvre une politique d’innovation propre aux entreprises chinoises. C’est un nouveau challenge pour elle ».
Aussi, dès le début des années 2000, une politique volontariste d’innovation technologique est lancée sur le territoire qui vise à renforcer les capacités propres de la Chine en Recherche et Développement. Les dépenses en R&D augmentent de manière significative par exemple en investissant dans les centres universitaires, comme l’université des Sciences de Pékin, très active en matière de recherche IT. Si bien qu’aujourd’hui, 42,46 millions de Chinois travaillent dans le domaine de la science et de la technologie, soit un peu plus qu’aux Etats-Unis. Mais les autorités chinoises ont aussi mis en place la stratégie du « go-out » qui consiste à encourager les firmes chinoises de IT à investir à l’étranger.
6. Vers l’émergence d’un high-tech 100% chinois
Et ça marche. De plus en plus de marques chinoises ont ainsi émergé sur le marché international. Le fabricant d’ordinateurs chinois Lenovo (qui a racheté il y a trois ans la branche PC d’IBM) a annoncé au début de l’année le lancement sur le marché français des PC de bureau et PC portables grand public. L’entreprise chinoise Huawei basée à Shenzen, est quant à elle en passe de détrôner Alcatel-Lucent comme troisième équipementier 3G dans le monde. « Chez Huawei, les ventes d’équipement de réseaux de téléphonie mobile de troisième génération (ou 3G) utilisant la technologie WCDMA ont plus que doublé au quatrième trimestre par rapport au troisième trimestre.
Cela devrait rapidement permettre à l’équipementier chinois de se propulser derrière les deux leaders mondiaux Ericsson et Nokia Siemens », indiquait en février dernier l’hebdomadaire économique Les Echos. Haier Group, BOE Technology, TCL Electronics, Lenovo, Shangaï Video & Audio Electronics Audiovisual products, Huawei Technologies Co., ZTE... La liste des fournisseurs chinois de IT est de plus en plus longue... Et ne demande qu’à se déployer.
7. Perspectives…
« La Chine est dans la course, et elle court vite ! », confirme Françoise Lemoine. Les dés ne sont pourtant peut-être pas encore joués. Car à l’avenir, la Chine doit se tourner vers la fabrication et l’exportation de produits à forte valeur ajoutée, et ne plus se contenter d’exportations qui sont, les trois-quarts du temps, des produits low-cost. Pour rester compétitive sur le marché internationale de l’innovation, elle devra donc rattraper son retard… Mais il lui reste encore d’autres contrées à explorer. Si pour le moment, la Chine court surtout après le hardware, la poussée du software se fait déjà sentir : « Comparé avec d’autres secteurs high-tech, l’industrie chinoise du software ne connaît pas encore une exportation intensive et reste beaucoup moins importante qu’en Inde, indique l’OCDE. Ce marché va pourtant rapidement s’accroître ». Manifestement, la Chine n’a pas encore dit son dernier mot.
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